Règle n°2 : le candidat devra relever les défis que les téléspectateurs lui lanceront chaque semaine.
Règle n°3 : le candidat certifie sur l’honneur qu’il n’est allergique à aucune denrée reconnue comme comestible en France comme ailleurs (sauterelles grillées, pâté de ragondin, cou de girafe, magret de héron…).
Au terme de « La vie à la carte », le candidat empochera la somme de 10 000 euros.
A chaque menu avalé, choisi par le vote du public, le candidat remportera 500 euros.
A chaque défi relevé, le candidat remportera 1000 euros.
Le candidat accepte d’être filmé 24h/24.
La productrice observait Daphné. Cette fille avait un truc, elle était très télégénique. Elle pouvait de très loin dépasser Jenifer de la Star’Ac et Clémence de Koh Lanta. Un visage rond de gentille petite fille et un corps à vouloir lui faire faire des « vilaines choses ». Un mélange de Nathalie Simon et de Marlène de la « 1ère Compagnie ». C’était elle.
Daphné n’y croyait pas. Jamais, au cours des 150 castings qu’elle avait déjà passé, elle n’avait dépassé le stade des 10 premières minutes. Toujours trop grande, trop jeune, trop vieille, pas assez racée, pas assez d’expérience. Depuis qu’elle était sortie du cours Florent, elle attendait le rôle de sa vie mais il n’était jamais venu. Alors elle était venue là, un peu par hasard, sans trop y croire. Ils recherchaient une « JF, 20/25ans, comédienne, déb.acceptée, célib., détachée de toute obligation familiale. ». Même si c’était pour pincer le doigt d’une star chez Cauet ou tourner les lettres de la nouvelle « Roue de la fortune », elle s’en foutait elle prendrait, ses finances en avait besoin. Fallait bien payer les factures, fallait bien manger !
- Vous comprenez le concept de l’émission ? lui demanda la productrice.
- A peu près je crois…je vais avoir des défis à relever où les gens vont me dire quoi manger c’est ça ?
- C’est ça, comme vous êtes célibataire, vous aurez des rendez-vous genre speed dating, et comme vous êtes comédienne, on vous organisera de vraies auditions avec de vrais professionnels, vous aurez des obligations à tenir envers la marque partenaire qui est Mac Donalds. Pour les défis, ce sont les téléspectateurs qui les choisiront, donc tout est à peu près possible. Tout ça filmé 24h/24. C’est de la real TV.
Daphné jubilait. Ça allait être du gâteau ! Et en plus ils allaient lui trouver des auditions !
Le contrat fût signé en deux coups de cuillère à pots.
L’émission rencontra un vif succès dès le lancement. Comme prévu, Daphné passait très bien à l’image et les gens l’adoraient. Ils votaient par SMS, téléphone, mails et même par fax ! Les défis étaient souvent très durs à relever mais Daphné s’en sortait toujours. Dans le désordre elle dû avaler tarte à l’oignon et croquer trois gousses d’ail avant d’aller dans une soirée « hype » chez Castel, elle y croisa Frédéric Beigbeder, complétement saoul, qui draguait la nouvelle mannequin à la mode Jermaine (prononcez Djermèn, tous les nouveaux mannequins ont des noms à chier), et Ariel Wizman qui envoyait sa techno/house/garage/soft twist on the mix. Aucun des deux ne la regardèrent, ils n’en avaient rien à foutre, cependant, elle pu discuter avec Steevy, Loana, Jean-Pierre Castaldi et Ophélie Winter, tout en gardant une main devant la bouche pour ne pas leur polluer l’atmosphère. Elle passa des auditions devant des grands noms de la profession après avoir avalé un cassoulet de Castelnaudary (le seul, le vrai, l’unique), un petit salé aux lentilles et un chili con carne à l’harissa. Explosif. Une marque de prêt-à-porter fût intéressée pour l’engager, on lui fit prendre rendez-vous au restaurant, et devant le directeur de casting éberlué, elle ingurgita deux camemberts rôtis, une tartiflette, un banana split et un capuccino pour digérer. Après une de ses sorties arrosées, elle du boire un demi-litre de lait caillé suivi de deux œufs à la coque. Elle du participer au concours d’avaleuse de saucisses à Toulouse, de mangeuse de choucroute à Strasbourg, de gobeuse d’huîtres sur l’île d’Oléron, elle fit un marathon de restaurants en enchaînant chinois, grecs,végétarien, libanais, italien, russe, chinois, macrobiotique en deux jours. Elle avala des cocons de chenilles, des testicules de bison, des pattes de lézards. Bien entendu, les caméras la suivait partout même dans les WC quand elle devait vomir et le reste. Mais ce fût le summum de « La vie à la carte ». Les gens qui votaient, qui lui lançaient des défis, la regardaient jour après jour, n’acceptèrent pas de la voir aller se goinfrer de tartines de foie gras devant une antenne des Restos du Cœur. Il y a des limites à l’indécence clamait « Libé ». L’émission chuta. Et pendant les trois semaines qu’il restait pour aller au bout de l’aventure, plus personne ne votait, ni n’envoyait de défi, si bien que ce fût un Carême de 21 jours pour Daphné. Evidemment, elle perdit 15 kilos, tomba malade et fût admise à l’hôpital.
Elle reçue son chèque d’un montant de 65000 euros, sans parler des contrats qu’elle avait avec les sponsors, sur son lit blanc entourée d’infirmières et alimentée par intraveineuse. « La vie à la carte » fût remplacée par « Chérie, qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ». Le concept était simple, deux plantureuses blondes, silliconées et collagènées, venaient chez des célibataires, pour leur apprendre à faire la cuisine en portant seulement des dessous sexy sous leurs tabliers. Ce fût une explosion. Maeva et Tanya, les deux présentatrices « Maïténiennes » sponsorisées par Aubade, devinrent millionnaires. Quant à Daphné, elle devint l’égérie d’une grande marque de compléments alimentaires et devint bouddhiste.
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